Trekking et alpinisme dans la vallée du Khumbu : direction le Népal!

Trekking et alpinisme dans la vallée du Khumbu : direction le Népal!
Everest au fond (8848m) et à droite, face ouest du Nuptse (7861m)

Octobre 2019, voyage en pays Sherpa, dans la vallée du Khumbu! Au programme : salutation à l’Everest et à ses voisins Lhotse, Nuptse, Pumori… Puis ascension d’un 6000m, l’Island Peak, renommé Imja Tsé en 1986.

 

Namaste! (Difficile de traduire ce « bonjour » avec moins d’une dizaine de mot, mais ça donnerait cela : « le divin en moi s’incline devant le divin en toi ». C’est à la fois un mot de salut, d’accueil et d’au-revoir.)

L’approche…

Genève 15h, dernier café avant d’embarquer, « légèrement stressée », il s’agit de mon tout premier voyage comme guide, décidé à un petit mois du départ, alors forcément, ça émoustille! Direction Kathmandu!! Un rêve d’ado se concrétise : au programme trekking et alpinisme avec deux supers mamans sportives très motivées, Adeline et Emma!
Notre petit voyage prévoit d’explorer la célèbre et fréquentée vallée du Khumbu, dans le parc national de Sagarmatha.

 

 

Sagarmatha (« la montagne dont la tête touche le ciel » pour les népalais), Chomolungma (« déesse mère des mondes » en tibétain), Everest (renommé en 1865 en l’honneur de l’ancien géographe britannique)… trois noms pour le toit du monde!

 

L’Everest en quelques chiffres :

  • 1922 : première expédition sur l’Everest, versant tibétain ; Edward Norton atteint l’altitude de 8300m sans oxygène… et premiers morts : 7 Sherpas dans une avalanche…
  • 1924 : disparition des britanniques George Mallory et Andrew Irvine, aperçus pour la dernière fois à 8600m…
  • 1953 : Edmund Hillary et Tenzing Norgay sont les premiers à atteindre le sommet.
  • 1978 : Reinhold Messner et Peter Habeler réalise la première ascension sans oxygène.
  • 1980 : Reinhold Messner réedite l’exploit, en solitaire.
  • 1986 : La cordée Jean Troillet-Erhard Loretan réalise un exploit sur le versant tibétain : l’aller-retour au sommet en seulement 43h! Grimpe non-stop et descente en glissant!
  • 1988 : Jean-Marc Boivin décolle du sommet en parapente. La même année, Marc Batard établit un record versant népalais : ascension en 22h30, sans oxygène.
  • 1996 : première catastrophe liée à un début de surfréquentation : 8 morts dont les guides Rob Hall et Scott Fischer.
  • entre 1997 et 2001, plusieurs descente à ski ou snowboard sont réalisées (Jean Troillet, Davo Karnicar, Marco Siffredi)
  • 2004 : Phemba Dorje Sherpa établit un nouveau record Camp de Base – Sommet : 8h10!
  • 2014 : une avalanche tue 16 Sherpas en train d’équiper l’Ice-Fall.
  • 2015 : séisme de magnitude 7.8, provoquant une avalanche qui balaie le camp de base : 18 morts.
  • 2019 : record de fréquentation avec 885 ascension au printemps… donc embouteillage… bilan : 11 morts! Plus joyeux : Kami Rita Sherpa foule le sommet pour la 23ème fois!

 

15 octobre, les filles me rejoignent au Katmandu Grand Hotel, en plein cœur des rues animées de Thamel! On y trouve absolument tout, à prix raisonnable, à condition de manier l’art de la négociation. Soirée Dhâl Bat, bouclage des sacs et dodo, une grande journée nous attend!

 

16 octobre, 4h, le taxi 4X4 nous attend, direction Manthali/Ramechhap, à 4h de route. Depuis avril 2018 les vols direct Kathmandu-Lukla sont rares, le gouvernement essayant de désengorger l’aéroport de Kathmandu.
Le voyage en 4X4 est une première immersion dans les montagnes Népalaises. Musique à fond, pied au plancher, main sur le klaxon, notre chauffeur essaie de concurrencer Sébastien Loeb, et il n’est pas mauvais 😄!
Nous arrivons au mini aéroport de Ramechhap où nous retrouvons une foule de trekkeurs. Pesée et fouille approximative des sacs, nous sommes autorisés à passer côté embarquement. Nous assistons à un super ballet organisé entre les 3 compagnies d’avion. Une seule piste, des vols toutes les 20min, je vous laisse imaginer!
A notre tour d’embarquer, Lukla nous voilà! Le vol est plutôt calme, les sommets enneigés se rapprochent!

20 min plus tard nous atterrissons sur la piste de Lukla, perchée à 2850m d’altitude. Nous rencontrons nos trois jeunes porteurs, tous trois Sherpas. Puis vrai petit déjeuner, et en route!
J’enseigne 2 traditions de base aux filles :

– toujours un passer à gauche des Stupas/Chörten.

– Faire tourner les moulins à prières dans le sens horaire avec la main droite.

Avec ces précautions nous sommes sures d’avoir de la chance au niveau météo!

Bishal notre super guide nous enseigne une autre tradition très importante : toujours laisser passer les « dzopkios » (croisement yak-vache), ils sont costauds, patauds et ont des cornes assez balèzes, nous suivrons son conseil avec assiduité!

 

Rapide présentation des ethnies népalaise :

Toutes sont des ethnies d’origine tibétaine, ayant traversé la chaine himalayenne il y’a plusieurs centaines d’années.

  • Les Sherpas : le « peuple de l’est », les plus connus! Ils vivent principalement dans la vallée de l’Everest.
  • Les Bhotias : dispersés dans tout le haut Himalaya, ils sont souvent pris pour des « sherpas », dont le nom est plus connu.
  • Les Rai et les Limbus, de l’ethnie des Kirat ; ils vivent au Nord-Est du Népal pour les Rai et à l’est pour les Limbus.
  • Les Tamangs : au nord-est de Kathmandu, ils vivent dans les zones de moyenne montagne du Ganesh Himal.
  • Les Gurungs (ou Tamu) : vivent plus à l’ouest, dans la région de Pokhara et au sud de l’Annapurna.
  • Les Magars : vivent tout à l’est du Népal, au sud et à l’ouest du Dhaulagiri.

Notre guide Bishal est Lama, appartenant aux Tamangs. Il vit dans la vallée du Langtang, au Nord de Kathmandu.

 

A 13h nous arrivons à Phakding, pile-pool pour le lunch Time! Une assiette de momos, un bol de noddles, et nous repartons. Direction Monjo (2835m), a 2H de marche. En chemin nous passons nos premiers ponts népalais, ce qui ne manque pas d’émoustiller les filles! 3 ponts plus loin, elles gèrent les rebonds comme des pro, étant même capables de prendre des photos malgré le passage d’un troupeau de trekkeur!

 

 

17 octobre, petite journée ; notre objectif est le célèbre village de Namche Bazar. Perché à 3440m d’altitude, il comprend une école, un petit stade de foot, et est proche de Khunde, qui abrite le « Hillary Hospital ». Ce matin nous entrons dans le parc national de Sagarmatha, dont l’entrée est payante (3000 roupies/personne, soit 24€).
Nous arrivons au lodge à midi, après avoir passé le « Hillary bridge », un des ponts les plus haut du trek. Lunch Time : traditionnels momos et noddles! Nous passons l’après-midi à alterner repos et shopping. Bishal nous y accompagne afin de nous initier aux négociations à la népalaise.

 

18 octobre, Je me réveille comme une gosse a l’idée d’enfin apercevoir la plus belle montagne du monde, celle qui m’a fait rêver ado : l’Ama Dablam, 6856m!
La première partie du trek est un super chemin balcon offrant une vue parfaite sur le Thamserku (6608m), la belle face du Kangtega (6685m), et bien sûr l’Ama Dablam. Nous marchons principalement en forêt ; ici toute la végétation est plus grande et pousse plus haut ; la forêt vit presque jusqu’à 4000m et les rhododendrons sont des arbres de 3-4m de haut! Il y fait encore trop chaud pour les yaks, nous nous contenterons de prendre en photo les mules chargées et les dzopkios.

Un grand pont à Phunke Tenga marque la fin de la partie « tranquille », place aux 600m de montée à Tengboche (3860m). Nous y arrivons dans une ambiance automnale grisâtre, un peu austère. Tengboche est assez petit, 2-3 lodges au plus, mais il comprend le plus grand monastère de la vallée.

Pour la petite histoire, le monastère a été totalement détruit par un incendie en 1989 ; depuis les moins ne le chauffent plus, pour ne pas courir ce risque!

Nous ne nous attardons pas et descendons au village suivant, Diboche, a 20min de marche, où nous passerons une bonne soirée mais une nuit glaciale…

 

 

Réveil motivé par « l’apple pancake » chaud, nous nous extirpons de nos duvets, non sans mal. Mais le soleil commence à chauffer quand nous partons, et la marche  démarre tranquillement! Nous traversons le joli village de Pengboche, qui semble très accueillant pour y passer une nuit… next time!

 

A cette altitude nous quittons la forêt. Nous sommes au pied de mon Ama Dablam, et découvrons la face sud du Taboche (6495m). Aujourd’hui nous passons la barre des 4000m, pour aller dormir à Dingboche (4380m), au lodge Tashi Delek (= »Namaste » en tibétain), top confort avec douches chaudes (expérience insolite : chauffage au gaz, la bouteille dans la douche).

 

Lunch time, momos et noddles, puis après-midi sieste pour les unes, grimpette et ballade exploratrice pour la mountain goat.

 

1er 5000m!

20 octobre, réveil hivernal, le sol et les toits sont tout blanchis! Ça tombe bien, c’est notre journée d’acclimatation-repos! Programme du jour : un « petit » sommet de 5073m, le NangkarTschang

Bishal et Bagdhan nous accompagnent, allégés! Nous mettrons moins de 3h pour grimper les 800m qui nous séparent du sommet. La forme est là, aucun mal de tête à déclarer!

L’ambiance au sommet est austère, humide, ventée, rocheuse! On pourrait se croire en Ecosse au sommet du Ben Nevis un jour normal!

Aujourd’hui pas de vue sur le Makalu ni sur notre objectif qu’est l’Imja Tsé/Island Peak!
En contre partie nous apprécierons encore plus les momos au coin du poêle et l’après-midi cocooning qui nous attend!

 

 

Le but de cette journée d’acclimatation est de laisser à nos organismes le temps de s’adapter au manque d’oxygène, et ainsi d’éviter de faire un MAM (Mal Aigu des Montagnes).

Un peu de physiologie :

A 4400m l’air est moins dense qu’au niveau de la mer, et nous absorbons en moyenne 40% d’oxygène en moins. Or l’oxygène est notre carburant principal, vital! Celui qui nourrit toutes nos cellules, qu’elles soient musculaires, intestinales, cérébrales…

Afin de satisfaire les besoins de nos petites cellules, nous respirons plus souvent et plus amplement pour « aspirer » plus d’oxygène. Le cœur « pompe » plus rapidement pour transporter le Sang oxygéné au mieux! Déjà 2 organes en surchauffe! Comme nous marchons, le cœur oriente le sang en priorité vers nos muscles, oubliant un peu nos intestins… et notre cerveau! Et bam, 2 organes de plus forcés de s’adapter!

Par ailleurs, l’oxygène est transporté par nos molécules d’hémoglobines, qui sont fabriquées grâce à une hormone, l’EPO (erythropoïétine), sécrétée par les reins! Encore un organe à surveiller!

En résumé, ça fait beaucoup de choses à gérer pour les petits humains que nous sommes!
En règle de base à garder en tête pour optimiser nos chances : ne pas dormir plus de 500m au dessus de la « dernière nuit « . Cela n’empêche donc pas de faire du dénivelé la journée!

…plus d’infos sur le site de l’Ifremmont.

Vallée de Chomolungma

21 octobre, nous quittons le confort de notre lodge pour changer de vallée, direction Lobuche (4930m), au bout de l’immense glacier du Khumbu, LA Vallée de l’Everest/Chomolungma!

Ce matin il neigeote! Nous suivons un chemin sur un large plateau suspendu. En face de nous trônent majestueusement le Taboche (6495m) et le Cholatse (6440m).

[J’ai découvert ces 2 montagnes en 2005 à Grenoble, au festival du film de montagne, complètement ébahie devant les quelques images de Ueli Steck sur son « Khumbu Express ». En 2005 il a tenté une super trilogie : face nord du Cholatse – face est du Taboche – face nord-est de l’Ama Dablam, le tout en solo et en mode « light ». 2 jours d’ascension pour le Cholatse (qui équivaut en difficulté à une grosse face nord de l’Eiger), 4h30 seulement pour le Taboche, et il a du abandonner sur l’Ama Dablam à 5900m, les conditions étant trop dangereuses.]

Ce matin je suis un peu émue de les avoir sous les yeux, bien qu’une nappe de brouillard les recouvrent rapidement…

 

 

Pause ginger-lemon-honey tea à Tukla, puis nous entamons la montée redoutée du Tukla La/Dukla Pass ; c’est un stade du trek où l’altitude se fait sentir, provoquant les premières difficultés : maux de tête et jambes en coton! La barre des 4500m peut faire mal… Nous prenons le temps de marquer l’arrêt pour une pause-photo à 4808m, petit  clin d’œil à notre Mont Blanc!

L’arrivée au col se fait dans une ambiance étrange et silencieuse ; au brouillard s’ajoutent le poids des stèles. Nous en découvrons des dizaines! Une énorme à l’entrée du col est érigée en l’honneur des 16 sherpas mort dans une avalanche en 2014, pendant qu’ils équipaient « l’ice fall ». Puis nous en découvrons des dizaines sur ce grand plateau, en souvenir des disparus a l’Everest. Un peu émoustillée je trouve celle de Scott Fisher. J’ai dévoré quelques fois le livre de Jon Krakauer, Tragédie à l’Everest (« into thin air »), qui retrace le premier gros drame des expéditions commerciales en 1996 et dont le film Everest a été tiré.

 

La suite du chemin déroule bien et nous arrivons à Lobuche en début d’après-midi, à temps pour les mom…. pizza!! Puis petite balade digestive sur la moraine du Khumbu Glacier, avec en prime un soleil qui ose enfin se dévoiler et dorer les sommets alentours!

 

 

Nouvelle journée = nouvelle météo! Aujourd’hui nos prières ont été entendues : pas un nuage en vue pour notre longue journée!

Nous partons pour le village de Gorakshep (5180m), que nous atteignons après 2h30 de « radada » ; (traduction : « succession de montée – descente – virage à gauche – virage à droite – descente – montée – virage à droite – descente et virage à gauche), afin de passer la moraine du Changri Shar Glacier…
Bref, nous arrivâmes à Gorakshep!

Bonne pause thé – gâteaux – allègement des sacs et nous repartons quasiment à plat en direction du camp de base de l’Everest. La moraine semble facile après celle de ce matin, et c’est tant mieux! La barre des 5000m est passée et les premiers maux de tête commencent!
Nos petits yeux en prennent plein la vue d’autant d’immensité!
Le Pumori et ses 7161m nous nargue, l’immense face ouest du Nuptse (7861m) nous domine, et entre les deux : la belle face lisse du Lingtren (6749m) et le Khumbutse (6636m)! Chomolungma/Everest reste encore timide, bien que son sommet se laisse apercevoir!

 

Nous sommes accueillis par un camp de base presque désert : les ascensions automnales ont étés interrompues il y’a un mois à cause d’un gros sérac menaçant la première partie de la voie. Néanmoins une agence Népalaise reste sur place pour nettoyer le camp de base (qui est propre et rangé!), proposer thé, café, chocolat et biscuits aux trekkeurs, et renseigner les visiteurs sur les montagnes alentours.

 

 

Il ne s’agit pas d’une arrivée sur un sommet mais l’émotion est comparable! La fatigue, l’altitude, l’effort, les journées de marches pour arriver là, la vue… un bon mélange qui déclenche quelques larmes de joie!

Nous prenons le temps d’aller toucher la glace du glacier du Khumbu et de nous promener au milieu de ses immenses tours de glace avant de redescendre tranquillement à Gorakshep.

Retour au lodge, pause méritée! 1L de thé et une assiette de momos plus tard (pas terrible la cuisson à cette altitude…), nous chargeons nos sacs d’une frontale et d’une doudoune.

En route pour le coucher de soleil au Kala Pattar!

Bishal nous fait un début de MAM et se met à chanter et danser sur le chemin! La fatigue étant là après nos 8 heures de marche au dessus de 5000m, nous montons « polé-polé », tranquillement, en compagnie d’un petit groupe de Gallois et Népalais sympathiques. Nous chantons à tour de rôle, passant des chants traditionnels népalais, aux chants d’avant match au rugby… Bref ambiance festive! L’Everest/Sagarmatha se dévoile de plus en plus, dégagé et peu venté.

 

 

16h45 nous arrivons au sommet du Kala Pattar, 5646m!

Le soleil baisse, le froid monte!  Une dizaine de personne s’y trouve déjà depuis un bon moment, attendant ce moment magique où les sommets s’embrasent! Pour nous il fait un peu trop froid pour rester immobiles alors nous redescendons tranquillement, prenant le temps d’admirer les couleurs splendides du coucher de soleil. Une bonne centaine de pauses sont nécessaires pour les immortaliser dans nos appareils photos!

Nous avons été chanceux jusqu’au bout avec la météo! Pas un nuage à l’horizon!

 

 

La nuit à Gorakshep s’est très bien passée, bien moins froide que tout ce que nous avions entendu!

Du coup c’est reposés que nous nous levons, bien que le crâne soit lourd et s’apparente à une caisse de résonance pour deux d’entre nous.

Le chemin du jour se passe uniquement en descente. Nous découvrons un peu mieux les faces du Cholatse et du Taboche, toute plâtrées! Mes yeux se promènent sur toutes les lignes grimpables et imaginent déjà un prochain voyage ici…

Nous sommes tout seuls, ce qui contraste avec la montée! J’ai la sensation d’être « à la maison ». Sentiment partagé lorsque nous rentrons à notre lodge « Tashi Delek ». L’après-midi est consacrée à ne rien faire!

 

 

Ascension de l’Imja Tsé

24 octobre, démarrage sous un ciel laiteux et sur un sol blanchi. Le fond de l’air est frais mais la journée va être courte. Nous visons le petit village saisonnier de Chukhung, à 4730m, dernier lodge avant le sommet.

Nous y retrouvons notre guide d’altitude, Mingma, et passons une partie de l’après-midi à jouer dans des pentes terreuses, armées de cordes, de poignées jumar et de descendeurs! Les filles ayant découvert l’art de remonter une corde fixe cet été, elles impressionnent les autres guides népalais, qui les montrent en exemple à leur groupe Danois!

 

 

Chukhung est un mini-monde perché à presque 5000m ; il ne comprend que 4 lodges, et devient désert après la saison de trek. Collé à notre lodge se trouve LE lieu de rencontre de la vallée, « The Bakery », qui offre de véritables café, cappuccinos, chocolatino… le maitre des lieux, Jungbu, fait le lien entre les clients et les guides népalais, et s’occupe également des démarches administratives (déclaration de réussite du sommet).

A Chukhung, la plupart des gens sont sur l’itinéraire des « Three Passes » (les Trois Cols) : Renjo La (5360m), Cho La (5420m) et Kongma La (5535m). Très bel itinéraire traversant trois vallées, passant à Gokyo et passant trois cols haut perchés aux chemins assez techniques! Une autre partie des trekkeurs est comme nous, en route pour l’Island Peak/Imja Tsé.

La météo du lendemain étant mitigée, nous décalons le sommet d’une journée. Pas de réveil donc, et programme cocooning au coin du poêle et cappuccino!

Cette journée de repos est une super occasion de refaire le monde et de parler montagne auprès du poêle de la Bakery, carburant aux bouses séchées!

 

Samedi 26, top départ! Le ciel reste gris mais devrait s’éclaircir d’ici ce soir, alors nous bouclons les sacs et nous mettons en route pour le camp de base. En chemin nous croisons pas mal de cordées ayant « buté » à cause de la neige, ce qui me conforte dans notre choix de décaler! Nous croisons deux cordées « solides » ayant fait le sommet, la trace est donc faite!

 

 

2h30 plus tard nous sommes accueillies dans la tente mess par un gros plat de pâtes, bien que le petit déjeuner ne soit pas si loin… Pour digérer nous grimpons sur la moraine afin de voir le grand lac Imja Tsho, siégeant au pied du Baruntse (7075m). En face de nous, le col scabreux de l’Amphu Laptsa qui permet de rejoindre le Mera Peak (6461m), plus au sud.

Puis sieste pour les filles et ballade « into the wild » pour moi!

 

 

3h plus tard nous mangeons (encore!), repas accompagné d’une bouillotte, qui va gentiment chauffer le fond de nos duvets. Bonus magique du soir : la vue d’un jeune « snow lion » (léopard des neiges), au dire des anciens! Nous n’avons vu que ses yeux et sa petite silhouette, mais ça me plait de croire que s’en est un!

 

27 octobre -1h, je réveille les filles, c’est l’heure du petit déjeuner! Il fait froid mais pas trop, environ -5 degrés. Il fait nuit, beaucoup d’étoiles dans ce ciel loin des villes!

Bien équipés, nous partons pour 20min de plat le long de la moraine. S’en suit une montée raide qui ne manque pas de nous réveiller, mais nous la faisons sur un petit rythme tranquille, sous les étoiles, évitant les pauses pour ne pas se refroidir.

5500m, fin de la facilité! Nous enfilons les baudriers et nous encordons. A partir d’ici le chemin se raidit et comporte plusieurs passages grimpant ; un vrai « chemin à bouquetin » s’apparentant à une arête du Gouter. Ayant l’habitude de fonctionner encordés dans les Alpes, ça me fait bizarre de voir les groupes suivants monter sans ce beau cordon ombilical qui lie la cordée!

5900m, une courte arête rocheuse qui semble très aérienne (nous verrons bien à la descente!) marque la fin de la partie rocheuse. Nous enfilons les crampons peu avant le jour, l’heure la plus froide! Une petite brise glaciale nous refroidit un peu trop rapidement, alors nous abrégeons la pause ; une goutte de thé et nous prenons pied sur le glacier. Nous zigzaguons au milieu de grandes tours de 15m. Un zig à gauche, une traversée raide à droite, une montée à la jumar, une première descente en  rappel, une deuxième montée… et nous prenons pied sur la partie « plate » du glacier, qui nous mène au pied de la pente finale de l’Island Peak/Imja Tsé.

Le jour se lève, le soleil arrive. 6h45, la première cordée arrive au sommet. Les suivantes sont déjà dans les « embouteillages » au début des cordes fixes. J’ai un petit pincement au cœur en découvrant la face de l’Imja Tsé… le réchauffement climatique s’observe encore plus que dans les Alpes ; les dernières photos que j’avais vues dans divers topos, vieilles de moins de 10 ans, montraient encore une face glaciaire remplie… désormais la partie gauche devient de plus en plus rocheuse… et impraticable!

Nous prenons le temps de faire une pause thé et de s’alléger des sacs avant de rejoindre le convoi! Emma part un peu devant avec Mingma, et nous prenons notre place sur les cordes quelques personnes derrière avec Adeline.

 

 

La méthode : monter la poignée jumar, monter un pied, pousser-tirer, et recommencer environ 468 fois, le tout en soufflant! Quatre changements de corde permettent de casser un peu cette routine, et malgré le rythme irrégulier imposé par les cordées de devant, nous convenons d’un fait indiscutable : la vue est carrément splendide! Nous sommes en plein milieu d’une carte postale, et le soleil est au beau fixe!

Peu après 9h, nous atteignons le sommet! Nous avons largement le temps d’immortaliser l’instant, la NMA ayant besoin d’une « photo-preuve » pour valider la réussite du sommet. Nous faisons des dizaines de photos des montagnes alentours : Lhotse (8516m), Makalu (8485m), Baruntse (7075m), Chamlang (7319m)… puis photos de groupe avec nos copains Iraniens!

 

 

Puis vient le temps de la descente! Qui dit voie normale à cordes fixes dit bouchons, et la descente en rappel de 40 summiter prend forcément un peu de temps… c’est le jeu! Notre tour arrive enfin, et après quatre rappels nous arrivons sur le glacier, pour le tea-time largement mérité!

Il est déjà 11h, nous quittons vite la fournaise du glacier! Rebelotte dans l’autre sens ; une descente, une montée, un rappel, une traversée, une photo fictive sur une vieille échelle, et nous quittons glacier et crampons! A 6000m et 12h de course la fatigue se fait senti, alors pas de précipitation pour passer l’arête aérienne, ni pour redescendre la face scabreuse!

A 14h nous rangeons la corde et prenons pied sur le chemin. Nos supers porteurs nous attendent un peu plus bas, soucieux de notre état et ayant envie de se dégourdir les jambes sans sacs! Nous gardons d’ailleurs les notres et descendons ensembles au camps de base. Ils en repartent chargés pendant que nous avalons un bol de noddles. La nuit tombe tôt alors nous ne trainons pas. Mingma a déjà filé, il veut rejoindre sa famille à Pengboche, à plusieurs heures de marche.

 

 

Nous arrivons à Chukhung à 19h en compagnie de nos copains Iraniens, et sommes tous accueillis par une salle commune chauffée! La fatigue tombe rapidement, la journée a été longue et éprouvante, le sommeil est bien mérité!

Le lendemain, souhaitant marquer le coup pour le sommet et pour l’anniversaire d’Adeline, Emma nous offre le retour en hélico… jusqu’à Katmandu. Fin de l’aventure Himalayenne, retour dans la frénésie de Thamel, sacré contraste!

 

 

La fin du séjour pour moi se passe dans ces rues animées que j’aime de plus en plus! Je partage un bon plat épicé avec un collègue, Gilles Marcaud, qui revient du Tour du Manaslu. J’entrecoupe mes errances dans Thamel de visite à la Stupa de Bodnath, au quartier de Durbar Square, à l’espace grimpe d’Astrek Park. Un échec « peur de finir en hamburger dans la gueule d’un léopard » dans le parc de Shivapuri m’a fait abandonné l’idée d’aller courir toute seule en forêt, alors je profite de ces derniers jours pour m’immerger à fond dans le cœur de Kathmandu.

 

 

Fin du voyage…!