Traversée Rochefort-Grandes Jorasses

Traversée Rochefort-Grandes Jorasses

C’est une des plus belle course d’arête des Alpes que nous avons parcouru la semaine dernière avec Antoine, la traversée Rochefort-Jorasses. Après la fin de sa carrière en équipe de France de télémark, ses amis lui avaient offert un beau sommet avec un guide. Étant potes depuis quelques années, il m’a contacté pour parler des conditions du moment. En discutant avec Paulo Verdier, un copain guide à la compagnie, ayant aussi son bon client François à guider aux alentours du 15 août,  nous décidons donc d’y aller tous les quatre.

Ne connaissant pas la course, nous prenons l’option de partir du refuge Torino et d’aller bivouaquer à la pointe Marguerita. C’est une très bonne stratégie qui permet de bien répartir l’horaire sur les deux journées, de grimper les belles longueurs de la pointe Young au soleil de l’après midi et d’être assez tôt au sommet des Grandes Jorasses pour aborder la descente serein. En prime, nous étions devant toutes les autres cordées et nous avons fait toute la course seuls. Il faut bien sûr une météo au top pour un bivouac à 4000m!

Rochefort

Nous partons du refuge à 4h30 et nous profitons du beau lever du jour au niveau de la « salle à manger ». À partir de là commence les vertigineuses et classiques arêtes de Rochefort. Une belle trace nous permet d’avancer rapidement jusqu’à l’aiguille de Rochefort, premier des sept sommets de 4000m de la traversée. Après une pause nous continuons en direction du Dôme et de la calotte de Rochefort. A part un plateau glaciaire, le terrain n’est jamais vraiment facile, avec des arêtes cornichées, des traversées de gendarmes aériens et pas mal de manips de corde. De la Calotte de Rochefort, cinq petits rappels équipés sur spits nous déposent au col des Grande Jorasses où nous faisons une bonne pause devant le bivouac Canzio. Compter 6-7 heures d’Helbronner à Canzio.Rochefort

Grandes Jorasses
Sommet de la pointe Young

Nous repartons en début d’après midi pour les belles longueurs de la face ouest de la Young. Le rocher est surprenant sur les trois premières où il est solide et bien coloré! Ensuite l’itinéraire tourne un peu en face Nord, de la neige fraiche posée sur les dalles et du rocher un peu délité nous ralentissent un peu. Deux heures après nous retrouvons l’arête et le sommet de la pointe Young. Quelques gendarmes effilés à contourner et un petit rappel nous dépose à une brèche où de là l’itinéraire traverse complètement en face sud. Des vires en rochers pourri et un couloir nous amènent 50 m sous le sommet de la Marguerita. Nous savons que c’est par ici que seront les meilleurs emplacements de bivouac. L’après midi est déjà bien entamée et la fatigue se fait sentir, nous trouvons une vire et un petit névé 20m en contrebas, cela fera très bien l’affaire pour la nuit. La soirée et le coucher de soleil sont magnifiques, le froid tout à fait supportable avec cet isotherme à plus de 4000m et aucun vent.  La vire étant trop petite pour 4 nous laissons Antoine et François en haut et nous descendons dormir avec Paulo 50m plus bas sur une petite plateforme un peu déversante!

Grandes Jorasses
Le superbe bivouac à 4000m
Grandes Jorasses
La descente vertigineuse de la Marguerita

Le lendemain, après un café et trois biscuits nous attaquons à grimper au le lever du jour. Une grande longueur nous amène au sommet de la pointe Marguerita où nous prenons les premiers rayons du soleil. Là commence une incroyable arête très aérienne avec un devers versant sud et les 1200m de vide de la face Nord entre les pieds. C’est une succession de montées et de désescalades délicates mais en bon rocher. Après la traversée de la pointe Hélène puis le contournement de deux gendarmes en face Nord, les difficultés sont derrière nous.

Nous cheminons dans du rocher pourri mais facile pour gagner la pointe Croz où nous mettons les Crampons. La suite est une magnifique arête mixte ourlée d’immenses corniches jusqu’à la pointe Wymper, puis le sommet des Grandes Jorasses, la Pointe Walker que nous atteignons vers 10h30. Le temps est magnifique, il fait déjà chaud, nous profitons de l’instant, prenons des photos puis il faut penser à la descente qui est longue et délicate.

Grandes Jorasses
Sommet des Grandes Jorasses!

Nous descendons par les rochers Walker, traversons très rapidement sous le grand sérac pour gagner les rochers Wymper. Un peu de désescalade suivie de 3 rappels nous amène au « couloir Wymper » qu’il faut traverser pour gagner les rochers du Reposoir. De la glace affleure dans la traversée exposé, nous assurons le coup avec quelques broches. Descente des fameux « rochers du Reposoir », car seul endroit de la descente où l’on est pas exposé aux chutes de glace et de pierre, puis quelques zigzag dans la dernière partie crevassée du glacier et nous pouvons enfin nous détendre sur les blocs de la moraine au dessus du refuge Boccalatte et ranger le matos.Grandes Jorasses La descente n’est encore pas finis, il reste un long et raide chemin se terminant dans les mélèzes du val Ferret où nous avons laissé une voiture, que nous retrouvons à 17h30.

C’est à Courmayeur devant une grande bière et une pizza que nous concluons ces deux superbes journée de montagne des rêves pleins la tête. Encore bravo à Antoine et François!

Matériel utilisé: un brin de corde de 50m, camalots du 0,3 au 1; 4 dégaines, 3 broches.

Topo: Neige glace et mixte tome 1 de Damilano, topo de la pointe pointe Young fait par Francesco, guide à Courmayeur, qui a rééquipé les rappels.

Crédit photos Antoine Bouvier et Mathias Dunand. Le blog d’Antoine où il a aussi fait un article sur la course.