Le sommet du Mont-Blanc

Le sommet du Mont-Blanc

Des nouvelles du Mont-Blanc… Le 13 septembre 2017 une nouvelle mesure est effectuée au sommet du Mont-Blanc qui désormais culmine à 4808,72 mètres. L’initiative relance le débat sur les délimitations territoriales au sommet du toit de l’Europe occidentale. Depuis 150 ans, il existe un conflit territorial entre la France et l’Italie au sujet de la frontière, doublé par des rivalités entre la commune de Saint-Gervais et celle de Chamonix. Loin de la politique, des conflits de clochers stériles et des revendications nationales, nous avons jugé intéressant de comprendre l’Histoire de la frontière sur le Mont-Blanc.

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Le sommet du Mont-Blanc et l’arête des Bosses

Chronologie sommaire

1796

La Savoie est cédée à la France grâce aux victoires des troupes de la Révolution française sur le royaume de Piémont-Sardaigne. Pour la première fois une frontière traverse le massif. Le traité de Paris et son article 4 donne lieu à un procès verbal d’abornement qui voudrait que la frontière demeure visible du coté français et italien. Hors le sommet n’est pas visible de Courmayeur. Selon l’article 4, la limite « passe par les points les plus avancés du côté du Piémont, des plateaux, sommets et autres lieux ci-après désignés, ainsi que des sommets ou plateaux intermédiaires, savoir : en commençant au point où se réunissent les frontières du ci-devant Faucigny, duché d’Aoste et du Valais, à l’extrémité des Glaciers ou Monts-Maudits : 1° les sommets ou plateaux des Alpes, au levant du Col-Mayor ; 2° le Petit-Saint-Bernard… ».

1823

Suite aux défaites Napoléoniennes, le Mont-Blanc retourne dans le royaume de Piémont-Sardaigne. Le sommet n’est donc plus une frontière internationale mais une limite entre deux provinces du royaume, la Savoie et le Val-d’Aoste. Le lieutenant sarde Félix Mulletti rédige une carte militaire sur le massif du Mont-Blanc avec la frontière administrative des deux provinces sur le sommet.

1861

La Savoie est cédée à la France par le royaume de Piémont-Sardaigne qui fonde le futur état Italien. le procès verbal d’abornage admet comme document la carte de l’état Major sarde avec la frontière administrative sur la calotte du Mont-Blanc.

1865

Le capitaine Jean-Joseph Mieulet dresse la carte d »Etat-Major française pour le massif du Mont-Blanc. La frontière englobe les glaciers sommitaux avec le sommet du Mont-Blanc exclusivement en France. Ces travaux sont basés sur le traité de 1796. Selon cette version cartographique hérité du XVIIIe siècle l’intégralité du sommet serait en territoire français.

1881

Les trois communes françaises de Saint-Gervais, des Houches et de Chamonix se disputent les glaciers du massif du Mont-Blanc. Ce différend n’est pas résolu et il faut ajourner la délimitation précise des communes au sein du massif.

1946

Le préfet la Haute-Savoie décide de partager le secteur du Dôme du Goûter et du Mont-Blanc entre les communes de Saint-Gervais, les Houches et Chamonix. Le sommet est considéré entièrement en territoire français est partagé entre Saint-Gervais et Chamonix.

Pour la commune de Saint-Gervais c’est en vigueur sur le cadastre avec un territoire communal d’un seul tenant jusqu’au sommet du Mont-Blanc, une limite avec Chamonix sur la crête des Bosses, et une limite avec l’Italie entre le Mont-Blanc de Courmayeur et le Piton des Italiens.

1981, A partir des années 80 on voit apparaître une enclave de la commune de Saint-Gervais sur la partie sommitale concédant à l’Italie le reste de ce versant sud y compris la face sud de la Tournette et des Bosses. Solution de compromis sans grande réalité historique.

1988, création d’une commission mixte franco-italienne sur le tracé de la frontière.

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Coucher de soleil au sommet du Mont-Blanc

Le Mont-Blanc sur les cartes

En France l’IGN :

– Le tracé de la frontière est celui de 1865 du capitaine Mieulet (basé sur le XVIIIe siècle), le sommet y apparaît comme entièrement français avec la frontière au Mont-Blanc de Courmayeur. Les cartes attribuent le sommet à Saint-Gervais (arrêté de 1946).

Sur les cartes d’attribution à Saint-Gervais il existe une autre variante depuis les années 1980 avec l’enclave Saint-Gervelaine au sommet du toit de l’Europe et le versant sud à Courmayeur sans grande réalité historique.

En Italie, l’IGM :

– Le tracé suit la ligne du partage des eaux. C’est une visions frontalière du XIXe (« mon pays c’est où coule mes fleuves »!) contrairement à la vision XVIIIe siècle de la France (les frontières sur les cluses, comme Saint-Gervais et les Houches sous le Prarion, ou encore les Contamines et Bourg Saint-Maurice à la Saussaz…).

En Suisse, l’OFT :

  • les cartes Suisses d’avant 1980 suivent la version francaise du tracé et après la version italienne.
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L’arête des Bosses

Le coin du géographe

 

Le conflit territorial entre les pays (France/Italie) et les communes (Saint-Gervais/Chamonix) n’est toujours pas clôturé et loin d’être réglé. Les guides de Saint-Gervais ont coutume de dire que le sommet appartient à celui qui sait le gravir !