Les Calanques : escalade, soleil et grande bleue

Les Calanques : escalade, soleil et grande bleue
raversée sans retour dans les Calanques

L’automne est la saison idéale pour profiter de la montagne, les belles périodes anticycloniques se succèdent et les guides s’en donnent à cœur-joie, en mode « perso ». Les clients se font plus rares et on retrouve avec plaisir les copains pour grimper, voler, découvrir de nouveaux terrains de jeux ou reprendre de vieux projets laissés en plan les saisons précédentes.
Nous avons été bien gâtés cet automne avec de magnifiques journées et de belles inversion de températures qui nous ont offert de bon moments de grimpe en altitude, peinards en t-shirt sur le beau calcaire des Aravis, du Bargy ou de la vallée de l’Arve. Alors qu’en bas c’est le brouillard, nous profitons de la mer de nuage. J’adore cette période !

Mais cette année l’hiver a pointé le bout de son nez bien plus tôt que les années précédentes ce qui n’est pas pour nous déplaire. Mais que faire en attendant que la neige qui tombe soit suffisamment abondante pour nous permettre de ressortir les skis et les peaux de phoques. Eh bien, filer dans le sud pour chercher le beau rocher, le soleil et emmagasiner un peu de chaleur avant la cascade de glace, l’alpinisme hivernal et le raid à ski. Et comme mon besoin d’iode, de grand bleu et d’horizontalité n’est pas encore rassasié, pour moi ce sera direction : LES CALANQUES

Les Calanques c’est un lieu mythique, la montagne à la mer, le lieu des premiers exploits des héros de notre enfance. Beaucoup de grands noms de l’alpinisme y ont laissé leurs traces mais en ce début novembre il fait bien frais, guère plus d’une poignée de degré au dessus de zéro, le mistral souffle et j’ai bien l’impression que les grimpeurs locaux sont rentrés en hibernation. C’est curieux, les très rares grimpeurs que nous croiseront viennent tous des alpes du nord ou de plus loin, Royaume-uni, Pays-Bas. Bref, pour les marseillais c’est déjà l’hiver mais pour nous c’est encore l’été et on compte bien en profiter. Surtout que le reste de la France est sous la pluie et la neige, merci Eole, merci le mistral.

Il y a de formidables voies ici :

-Les classiques, comme l’arête de Marseille à la Grande Candelle réalisée en 1927 par le grand Gaston et maintes et maintes fois répétée depuis. Tellement que le rocher garde une mémoire « polie » de tous ces passages. Mais la ligne est tellement belle, tellement évidente qu’elle reste incontournable. Tout comme chez nous, les classiques ne sont pas classiques pour rien !

-Les grandes voies modernes :

« Armata Calanca » qui navigue au mieux dans les ressauts du Socle de la Candelle. Escalade homogène, variée et soutenue bien qu’entrecoupée de vires. 320M 6c max et 6a+ obligatoire,
« Sanababich » au Devenson, 6 longueurs soutenues dans le 6eme degré, on frôle même le 7eme mais les dernières longueurs sont vraiment exceptionnelles.
« Civa » autre classique du secteur mais plus abordable, 5+ max, et bien plus courte sauf si on décide de l’enchainer avec l’arête de Marseille, ce que nous vous conseillons vivement ! Attention tout de même, elle peut être très fréquentée et le rocher y est déjà bien patiné.
« les futurs croulants » à l’Oule, très raide bien abritée du mistral et en 6b max. Mais c’est une vielle voie à l’équipement un peu vétuste bien que quelques spits soient apparus près des relais. Il vous faudra donc prendre quelques friends et sangles ou un bon guide !
Ou la bien nommée « Au delà de la verticale » dans la non moins bien nommée Concave chère à George Livanos. Dit « Le Grec », 25 000 pitons planté et 500 voies ouvertes dans les Calanques, peut-être le plus grand alpiniste amateur de l’époque. Mais dans cette voie moderne très bien équipée, on est vraiment dans le très dur et le très raide ! « seulement » 160m mais 7b+ max et un dévers à vous donner le mal des rimayes au bord de la mer !

– Et de beaux secteurs de « couennes »
La paroi des Toits est incontournable et laisse pas mal de choix à conditions de grimper au moins dans le 6 et au delà. De mon coté, j’ai adoré grimper à l’Abri Cotier, de belles envolées très abordables dans la calanque de Morgiou et à deux pas de son charmant petit port.
Mais ce que je préfère dans les Calanques, ce sont les traversées. Pour nous alpinistes, ce n’est pas commun de grimper à l’horizontale, les pieds au dessus de l’eau ! Et le tout entre 0 et 50m d’altitude.
Si vous avez entendu parler des traversées dans les Calanques, « la traversée sans retour » vous évoque certainement quelque chose. C’est une voie mythique mais elle est loin d’être aisée, longue et « paumatoire » et je ne saurais vous la recommander pour une première expérience dans ce style. La Ramond qui la précède sur le plateau de Castelviel est bien plus abordable.
Elles sont nombreuses ces traversées aux noms évocateurs, « la grande croisière », « la Tabarly » dans le même secteur, « Face au large » à Morgiou. Il y a aussi la « Gary Hemming » en rive droite de la calanque d’En Vau, pas de corde, pas de beaudrier et la mer comme tapis de réception mais quelques pas de 6b tout de même. Et il y en a des dizaines d’autres qu’il faut aller dénicher.

Mais mes petits coup de cœur à moi s’appellent « Marie-Jacqueline » et « traversée de la Commune ».

La première se situe dans la Calanques de Morgiou, vers le Cap du même nom. L’accès est assez aisé, depuis le petit parking du port, longer la côte en direction du col du Renard. Le chemin passe derrière quelques cabanons typiques du lieu et longe le rivage un petit moment en rive droite de la calanque.
Cette traversée peut s’effectuer dans les deux sens mais je trouve bien plus élégant de la parcourir dans le sens Nord Sud, c’est à dire en descendant. Cela évite de chercher les rappels et il suffit de descendre légèrement le petit couloir de départ et prendre la vire évidente à main droite. Attention tout de même avant d’arriver au relais, c’est aérien et la mer est loin en dessous. Départ plein gaz, ensuite il suffit de suivre la ligne de fissure évidente et l’équipement abondant et de qualité. Longueur après longueur, on se rapproche de l’eau dans une paroi très raide, ambiance ! Après le cinquième relais on reprend un axe plus conforme à ce que l’on connaît, droit au dessus. Deux grandes longueurs en dièdre et cheminée vous ramènent sur le plateau. La voie passe vite à l’ombre mais attention par vent d’Est, les embruns peuvent rendre le rocher très glissant,
Il y a d’autres traversées dans le secteur et elles peuvent toutes s’enchaîner, depuis la sortie du port jusqu’à la pointe du plateau. C’est un « El Cap » mais avé l’accent ! 36 longueurs 7a+ max, bon courage et n’oubliez pas le réveil !

Quant à la seconde, elle se situe dans la calanque de Sugiton bien connue pour sa plage……nudiste. Mais à cette époque de l’année on ne craint guerre l’attentat à la pudeur. En réalité, la traversée sur la plage est officiellement interdite suite à un éboulement et il est préférable de passer par le haut. Depuis le parking de Luminy (université) se rendre au col de Sugiton puis au pied du socle de la Candelle. Au début du socle, un chemin bien marqué descend sur la droite jusqu’à la plage, à une centaine de mètres du départ de la voie. La première longueur démarre par un grand écart au dessus de l’eau, attention donc par mer agitée, ça peut devenir très délicat. Puis, en suivant le topo, nul risque de se tromper. Les longueurs s’enchaînent, toutes très belles et variées. Les gouttes d’eau de la deuxième longueur sont fantastiques, s’en suit un passage psychédélique zigzaguant dans des sortes de tafonis et une petite surprise spéléologique ! Puis le final, plein gaz au dessus de la grande bleu avec la traversée de L8.
Si vous venez dans le coin au printemps, quand les journées sont longues, il peut être intéressant d’enchainer avec une voie du socle et peut-être sortir à la grande Candelle si il vous reste un peu d’énergie. La journée risque d’être longue mais vous serez peut-être récompensés par un des plus beaux coucher de soleil de votre carrière de grimpeur, tous là-haut, face à la mer.
Les possibilités ici sont infinies et nous vous donnons rendez-vous au printemps pour vous rendre compte d’un petit projet alliant les deux activités présentées dans ces articles, la grimpe et la voile. Peut-être serez-vous tentés vous aussi…..