L’éperon de la Tournette au Mont Blanc

L’éperon de la Tournette au Mont Blanc
La première arête de neige
Les Dômes de Miage et le versant Miage du Mont Blanc
Les Dômes de Miage et le versant Miage du Mont Blanc

Le versant Miage du Mont Blanc est sans doute l’un des plus sauvages du massif. Depuis le plat du Glacier de Miage c’est une face de 2400m de dénivelé qui s’élève jusqu’au sommet. Hormis la très belle « voie du Pape » par le refuge Gonella, qui remonte le glacier du Dôme, ce ne sont que des itinéraires oubliés ou très peu fréquentés à cause des approches compliquées et des dangers objectifs, ce qui donne une dimension assez « himalayenne » à ce versant. L’éperon de la Tournette est la première voie italienne sur le Mont Blanc, ouverte en 1872 c’est un itinéraire historique. Il a été assez classique à une époque mais il est aujourd’hui peu fréquenté, au bivouac le cahier atteste de moins d’une dizaine de passages par an… C’est pourtant un itinéraire grandiose et logique, relativement protégé des dangers objectifs à comparer des autres voies. Les difficultés ne sont pas énormes mais la course est complète, en altitude et avec un certain engagement. La montée au Bivouac Quintino Sella est déjà une course, qui a été rendue un peu plus compliquée par le retrait glaciaire, et quand on y est on a pas tellement envie de redescendre dans ce terrain délicat, la sortie est mieux par le haut!

Gaël avait entendu parlé de l’éperon de la Tournette et rêvait de faire son 1er Mont Blanc par une voie sauvage. L’idée me plaisait, j’avais toujours regardé cette face avec envie, nous avons donc bloqué une petite semaine début Juillet mais la canicule a asséché la montagne la semaine précédente. Heureusement la température redevient normale et une seule journée magnifique sans orages se présente, nous n’avons aucune info récente sur les conditions mais nous décidons d’aller voir.

Lever de soleil sur le val Véni
Lever de soleil sur le val Veni

Nous Sommes partis de la barrière du Val Veni à 5h30, l’approche est paisible avec le jour qui se lève sur les moraines de Miage. Arrivés au pied du glacier du Mont Blanc on sent l’ambiance qui change et nous nous équipons pour attaquer la montée. Nous avons remonté le bas du glacier qui était en neige, nous sentons qu’il ne faut pas trainer ici et rapidement nous prenons pied dans les dalles rives droite. Malgré le rocher lisse et arrondi il y a quelques petites fissures qui permettent de grimper et après trois longueurs en 3-4 nous arrivons sur la vire en herbe, l’ambiance est beaucoup moins austère, nous sommes à l’abri et on retrouve quelques vieux pitons. Une vire ascendante permet de prendre pied dans une belle lanche herbeuse. Ensuite il faut franchir un ressaut raide en herbe et rochers, difficile à assurer convenablement. La suite est plus classique, on suit un bel éperon en rocher, nous montons à l’instinct en se laissant guider par le terrain et on retrouve quelques cairns peu visibles. On passe à côté d’une vieille porte en bois, restes du premier refuge, puis l’éperon se redresse et nous arrivons presque par surprise au bivouac Quintino sella.

Bivouac Quintino Sella
Bivouac Quintino Sella

Cette cabane est magnifique avec ses murs en pierres et son vieux bois a l’intérieur. Il a été un peu rénové récemment avec un toit neuf, des fenêtres, des couettes et des matelas, ce qui le rend très confortable sans perdre son cachet authentique. Il y a quelques couverts mais pas de gaz. Nous passons l’après midi à nous reposer, faire de l’eau et observer le départ du lendemain.

L’attaque est déjà sèche pour la saison, le lendemain nous décollons vers 4h30 et nous contournons la première pente raide et en glace par des vires en rocher à droite pour ne pas nous fumer les mollets de bon matin! Un petit passage en glace quand même et nous débouchons sur la selle en neige où nous observons enfin l’éperon de la Tournette. Le plateau glaciaire se traverse bien, l’ambiance est incroyable sous cette face! La rimaye passe bien et les 200 m de pente suivante bien que secs malgré l’altitude vont bien aussi. Vers 4000m nous tirons à gauche dans du rocher bien pourri pour rejoindre l’éperon.

Grimpe sur le fil de l'éperon
Grimpe sur le fil de l’éperon

La suite est vraiment plaisante, nous grimpons sans crampons sur le fil de l’éperon dans

La première arête de neige vers 4500m
La première arête de neige vers 4500m

du rocher plutôt sain avec de beaux passages de grimpe peu difficiles et avec le soleil qui se lève! Vers 4500m nous arrivons sur la première arête neigeuse et nous remettons les crampons.

 

La pente n’est pas si raide mais la glace est cachée par un tout petit peu de neige qui nous oblige à poser des broches. Vient ensuite un autre ressaut raide en rocher, puis la deuxième petite arête de neige. L’altitude se fait bien sentir et l’allure se réduit bien dans les dernières longueurs en rochers mais nous sentons que nous approchons de l’arête sommitale. La fin est raide, nous traversons un peu à droite et la pente se couche, nous sommes à 30m de la trace de la voie normale du Mont Blanc l’excitation est là! Enfin Nous découvrons la vue de l’autre côté et je me rend compte que nous sommes déjà bien haut, juste avant l’arête sommitale et tout proche du sommet!

 

Sommet du Mont Blanc!
Sommet du Mont Blanc!

La joie est bien là au Mont Blanc où nous avons le temps de profiter du sommet puisque nous avons prévu de dormir au Goûter. Et c’est vers 15h fatigués et contents que nous arrivons au refuge pour un repos mérité!