Escalade le long des fissures du Val d’Orco

Escalade le long des fissures du Val d’Orco

Après un hiver bien occupés à arpenter les pentes enneigées à ski, l’appel du caillou commence à se faire de plus en plus fort en ce mois de mai. Nous sommes donc partis, avec Pierrot et Sébastien, pour 2 jours de grimpe dans le Val d’Orco.

Cette vallée du Piémont, située au sud du Grand Paradis, est appelée « Petit Yosemite Italien » du fait des nombreux itinéraires d’escalade « traditionnelle » se déroulant sur un granit parfait. Les voies sportives équipées côtoient les lignes de fissures à protéger intégralement sur Friends et coinceurs. De nombreux secteurs jalonnent la route depuis Pont-Canavese jusqu’au petit village de Ceresole Reale, à 1600 m. d’altitude.

 

Pilier de granit du secteur Sergent

 

Seb connaît déjà bien l’endroit. Pierrot y est allé aussi quelques fois. Pour ma part, c’est une découverte. Départ matinal de Saint Gervais le premier jour, bien motivés et le coffre remplis de Friends (nous emportons 4 jeux complets, et les fameux n°5 et n°6 pour les fissures larges). En plus du plaisir de retoucher au rocher, le but est de faire des images pour illustrer les produits « escalade » proposés par la Compagnie des Guides.

Après 3 heures de route, nous arrivons au petit village de Ceresole Reale. Un cappucino plus tard, nous voilà garés sur le parking, au pied de la paroi du Sergent. Avec son voisin le Caporal, ce sont les 2 parois majeures de la vallée, où l’on trouve les voies les plus classiques. Ces parois sont nommées en référence à leur « grand frère » du Yosemite, le fameux El Capitan.

 

La paroi du Sergent

 

Pas besoin d’aller très loin pour l’échauffement, Seb, en vrai guide local, nous amène juste au bord de la route pour peaufiner notre technique de verrous.

La fissure Kosterlitz, fissure à main remontant ce bloc de 7m de haut est le véritable « testpiece » de la vallée. Ouverte en 1970 par Mike Kosterlitz, un grimpeur et physicien Ecossais, colauréat du prix Nobel de Physique en 2016 ! Coté 6b, le bloc se remonte intégralement en verrous de mains et de pied (les mains et pieds coincés dans la fissure). Pour ceux qui essaient de remonter la fissure autrement, en dülfer par exemple, la cotation est estimée à 7b bloc, voire plus. Autant dire qu’il vaut mieux maitriser la technique de verrous. Après une belle démonstration de Seb AKA « jam master » qui remonte avec aisance la fissure (en baskets !!), nous nous essayons à celle-ci avec Pierrot.

 

 

Après quelques essais infructueux, j’arrive à me hisser au sommet, bien concentré au moment de me rétablir sur le bloc. Sept mètres au-dessus du matelas posé au sol, ce n’est pas le moment de tomber !

Déjà bien échauffés (voire fatigués), nous partons sur le chemin en direction du pied de la paroi du Sergent.La marche d’approche est magnifique. Elle remonte un chaos de blocs de granits dans une forêt de Mélèzes, et le seul bruit alentour est celui de la rivière en contrebas. Après avoir croisé quelques bouquetins, nous arrivons au pied de la paroi.

A la lecture du topo, nous hésitons entre 2 voies : la fissure du désespoir ou la niche de la torture… 2 noms qui nous laissent rêveurs…Au final, nous partons dans la classique Incastromania, superbe fissure en 6a, zig-zaguant dans une dalle de granit compact. Après avoir remonté la fissure, Pierrot fait monter Seb au relais. L’idée est qu’il puisse me filmer en train de grimper cette longueur en tête, en posant les friends.

 

 

Pendu à sa corde fixe, il est prêt à filmer, je pars. L’escalade est très belle, et les protections faciles à placer, un régal. Une fois redescendus au sol, Seb nous propose de filmer la superbe fissure de Cannabis : un 7a qui se situe presque au sommet de la paroi en 4ème longueur. Pendant que nous réfléchissons à la meilleure stratégie, un bouquetin un peu curieux s’approche. Cela fait un moment qu’il nous tourne autour. Un spectateur de nos acrobaties verticales? Non bien sûr, il est surtout intéressé par le contenu de nos casse-croûtes…

 

Le superbe 6a d’Incastromania

 

Le temps déjà bien avancé nous incite à reporter cet objectif au lendemain, et nous partons dans l’Eroe dei Due Mondi, un 7a remontant une belle aiguille de granit. La longueur est soutenue, athlétique, et demande de savants coincements de mains pour forcer le passage surplombant du sommet. Après une montée de repérage chacun, Seb parvient à enchaîner cette longueur en libre. Pierrot et moi rentrons bredouilles mais satisfaits néanmoins, après de beaux moments de combat.

 

Sergent – Eroe dei due mondi 7a

 

A la descente, en guise de récupération, nous installons une corde pour remonter la fissure du Panetton, ouverte par Patrick Edlinger en 1982. Nous remontons cette fissure sous la pluie, au début difficile en verrous de doigts, puis plus facile en verrous de mains.

 

 

Bien fatigués après cette longue journée, nous arrivons juste à temps pour la « pasta » à l’hotel Blanchetti, au centre du village, où nous allons passer la nuit.

Le lendemain, nous retournons à la paroi du Sergent, avec comme objectif de faire des images dans la fameuse fissure de Cannabis. Nous décidons de partir dans la Niche de la Torture afin de rejoindre le pied de la fissure. Pierre, Feuille,Ciseaux… Ce sera à Pierrot de grimper la Niche de la Torture en tête, je ferais Cannabis. Il part dans la première longueur, une dalle inclinée en 6b+, qui demande une escalade tout en finesse et en adhérence.

 

La 2ème longueur de la Niche de la Torture, 6b

 

La deuxième longueur donne son nom à la voie. Après avoir passé un toit, une fissure conduit à une niche, au-dessus de laquelle un deuxième toit se passe en escaladant une fissure large. Arrivé à la niche, Pierrot s’aperçoit qu’il n’a pas pris les gros friends pourtant indispensables à cet endroit. Nous lui attachons au bout de la corde et une fois récupérés, il termine la longueur. Une longueur plus facile nous dépose au pied du 7a de Cannabis. Seb monte dedans en plaçant les protections, puis me filme en train de grimper. L’escalade est technique et très soutenue. Après un joli « vol » sur un friend, je parviens non sans mal au sommet de cette longueur. Pierrot me rejoint, puis Seb enchaîne la longueur en moulinette.

 

 

4 rappels plus tard, nous voilà au pied de la paroi. Nous redescendons au parking, escortés au début par de jeunes bouquetins peu farouches. Mission accomplie, nous avons de belles images de grimpe, et nous sommes bien rassasiés de ces 2 jours passés sur le beau granit du Val d’Orco!Une chose est certaine… nous reviendrons !

 

Informations pratiques :

Y aller : Environ 3H de route depuis Saint Gervais, suivre la route blanche jusqu’au tunnel du Mont Blanc puis E25 jusqu’à Ivréa, puis direction Cuorgne puis Ceresole.

Topo : Valle dell’Orco de Maurizio Oviglia aux éditions Versante Sud

Logement à Ceresole Reale :

Vous souhaitez découvrir l’escalade en terrain d’aventure ou vous perfectionner? N’hésitez pas à réserver un guide en contactant la Compagnie des Guides de Saint Gervais au 04-50-47-76-55